Nakamura blitze Aronian à Saint-Louis

Cliquez pour agrandir l'image dimanche 21 décembre 2014, 10:52

Alors que le championnat du monde opposant Magnus Carlsen à Vishy Anand touchait à sa fin, un autre match entre deux joueurs de l'élite mondiale a attiré l'attention des amateurs. Levon Aronian et Hikaru Nakamura se sont affrontés à Saint-Louis (USA) à la cadence classique (quatre parties) puis en blitz à la cadence de 3 minutes plus 2 secondes par coup (seize parties). Les parties classiques se sont soldées par un match nul, chacun des joueurs gagnant une partie. Mais l'américain fût déclaré vainqueur de la confrontation en dominant son adversaire en blitz sur le score de 9,5 à 6,5.

Je n'ai jamais vraiment considéré le blitz comme une discipline sérieuse mais plutôt comme une façon ludique de jouer aux échecs entre amis. Je le pratique souvent sur la toile et y prend beaucoup de plaisir mais je suis généralement déçu par la qualité des parties. De plus, le manque de temps contraint les joueurs à escamoter la finale qui est à mes yeux une des phases les plus intéressantes de la partie d'échecs.

Je fus donc surpris de voir avec quel sérieux les deux champions ont abordé cette phase du match. Ces deux gars sont de véritables compétiteurs, totalement focalisés sur la victoire. Le contraste entre l'attitude des joueurs et l'enthousiasme des excellents commentateurs Jennifer Shahade, Maurice Ashley et Yasser Seirawan était réjouissant. Concentration et visages fermés pendant le match tranchaient avec l'attitude décontractée d'Aronian disputant quelques parties blitz d'entraînement "à la parlante" avec Yasser Seirawan la veille du match.

Quelle jubilation d'entendre ce même Seirawan affirmer avec autorité que le coup d'Aronian s'opposait à la poussée g5 et, aussitôt, déclencher l'hilarité générale lorsque Nakamura répondit avec conviction par cette poussée de pion supposée interdite ! Comme il est difficile de jouer et de commenter les échecs joués à une telle cadence, il est prudent de ne pas trop se prendre au sérieux. Ce que réussit parfaitement le Grand-Maître américain qui, après une carrière au plus haut niveau, est devenu un des commentateurs les plus appréciés sur le net.

Les quelques parties que j'ai pu suivre ont mis en évidence les grandes qualités de blitzeur de Nakamura, souvent dominé lorsque les deux joueurs disposaient de temps de réflexion mais exploitant à merveille les fautes et les gaffes de son adversaire en manque de temps.

De façon surprenante, la finale de Tours avec pions f et h est apparue au cours des huitième et neuvième parties du match de blitz. Cette finale est généralement nulle mais est réputée difficile à défendre en pratique comme de nombreux Grand-Maîtres l'ont appris à leur dépend. J'étais donc curieux de voir comment deux des meilleurs joueurs du monde allaient traiter cette finale avec très peu de temps de réflexion. A ce stade de la partie, chaque joueur disposait de moins de 10 secondes par coup. L'incrément de 2 secondes laissant trop peu de répit pour espérer regagner du temps en jouant très vite, les deux adversaires étaient sous la pression permanente de la pendule.

Comme Seirawan le fit remarquer dans son commentaire, cette finale peut s'annuler facilement à condition de savoir ce qu'il faut faire. Faute de temps, la reconstruction de la méthode de défense est impossible. Il est important de connaître quelques grands principes et de les appliquer sans se poser de problèmes existentiels, en espérant ne pas tomber dans une exception à la règle.

Il est notamment utile de savoir que lorsque les pions ne sont pas trop avancés et que le Roi de la défense est situé devant les pions, la position est généralement nulle, ou que lorsque les deux pions ont atteint la sixième rangée, la position est généralement gagnante (ou perdante selon le point de vue), ou que lorsque les blancs ont les pions f et h, la Tour noire est idéalement placée en a1 afin de parer d'éventuelles menaces par des échecs latéraux ou verticaux, et enfin que lorsque le Roi de la défense est confiné à la bande les chances de gain sont grandes.

A ce niveau de jeu, cette finale a évidemment été étudiée par les deux joueurs. Mais allaient-ils être capables de la jouer correctement à une cadence aussi rapide ?

Vous allez peut-être me reprocher d'analyser des parties jouées en blitz, chose que l'on ne fait généralement pas. Mais comme certains magazines se permettent cette hérésie en publiant des analyses de parties complètes, je m'autorise cette audace en vous épargnant le grotesque milieu de partie.

Nous prenons la partie au moment ou Aronian a laissé échapper une position prometteuse. Pressé par le temps, il vient même de perdre un Fou. Il doit désormais lutter pour annuler. En blitz, il est parfois préférable de ne pas avoir trop de pièces, cela évite de les perdre (je plaisante évidemment) !



Coïncidence étonnante, dès la partie suivante, l'Arménien doit défendre le même type de finale.



J'ai aussi été confronté plusieurs fois à cette finale en blitz sur internet. L'exemple suivant, joué à une cadence moins sauvage de 2 minutes plus 12 secondes par coup (cadence que je conseille à ceux qui veulent travailler leur technique en finale), illustre le risque d'un Roi de la défense confiné à la bande. N'ayant pas perçu un thème tactique typique basé sur la menace simultanée de prendre la Tour et de mater, je n'ai malheureusement pas su profiter de la situation.



La photographie qui illustre ce billet est tirée du site officiel du match de Saint Louis.

Partager sur Facebook Partager sur Twitter

Retour

Accueil  |  Précédent  |  Suivant

Cliquez pour agrandir l'image

Abonnez-vous au flux RSS

Cliquez ici pour vous abonner à ce flux RSS

Partagez

Partager sur Facebook Partager sur Twitter

Billets publiés

2017
Le réveil de l'Afrique
Kasparov vaillant mais rouillé
Un Cavalier en prise
Jouer aux échecs pour maigrir ?
Les coups invisibles
Chucky mate Magnus

2016
La France rétrograde
Riazantsev roule en Renault
Deux garnements bafouent l'éthique
Que le meilleur gagne !
MVL tutoie les étoiles
Le sacrifice en h7 revisité
Kasparov défie les meilleurs
Un heureux dénouement
Candidats : première mi-temps
Oser descendre dans l'arène
Des Rois et des pions

2015
Un accessit en terre de glace
Entraîneur d'échecs diplômé ... à 8 ans !
Apprenons de nos parties blitz
Boris Gelfand écrit sur les échecs
Vaujany vs Morzine : second round
La palme de la défaite la plus idiote
Petit arrangement entre amis
La défaite la plus stupide de l'année
Pia Cramling, la perle venue du nord
Un sport de jeunes
Liquidation en finale de pions
Triste journée
Fatigue décisionnelle et épuisement de l'ego

2014
Nakamura blitze Aronian à Saint-Louis
Carlsen confirme son titre
Mon épopée au Cap d'Agde
Dame et Cavalier contre Dame et Fou
Des Olympiades septentrionales
Les échecs en Hongrie selon József Horvath
Concurrence alpestre
Lorsque le Fou domine le Cavalier
Un décor éblouissant
Tous derrière et lui devant !
Triomphe de Motylev, déroute de Elo
Tour et pion(s) contre Dame
Trop tôt disparus
Un beau sacrifice de qualité positionnel
Honneur aux vétérans !

2013
Un calendrier incompréhensible
Le nouveau Roi va-t'il imposer son style ?
Le jour où la France a failli être championne
Des Cavaliers et des pions sur la même aile
La force des maîtres du passé
Les échecs à la montagne
Cogitations estivales
Bases de parties : anges ou démons
Clichy champion, comme d'habitude !
Une finale embarrassante
Fatigué, approximatif mais décisif
Carlsen joue à qui perd gagne
Candidats : le premier sang est versé
Tournoi des candidats, une tradition renouvelée
Selon que vous serez puissant ou misérable
Défaillance technique à Wijk aan Zee
Magnus Carlsen prend de la hauteur
Créativité contre pragmatisme

2012
Une championne du monde inattendue
Eugenio Torre, l'ami de Bobby Fischer
Certaines cadences de jeu sont archaïques
Tour contre Tour et Cavalier
Un jeune organisateur de tournoi rapide
Coupe d'Europe : où sont les clubs français ?
L'étoile Topalov brille de nouveau
Gelfand dévoile sa préparation
Olympiades : une partie décisive
Une finale imperdable
Olympiades : les grands absents
Finale de Tours au championnat du monde
Russie : pas assez de spectacle ?
Echecs et télévision
Trop fort. Vous n'avez plus le droit de jouer !
Une brillante attaque
Bienne : Carlsen ou Wang Hao ?
Les grands principes sont bafoués
Un sauvetage improbable

Exercice tactique


© Alain Moal 2012-2017Cliquez ici pour vous abonner à ce flux RSSDernière mise à jour : samedi 4 novembre 2017