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Rencontre avec l'auteur de « Regard sur les échecs »

dimanche 26 janvier 2020

Nous vous connaissons comme joueur et observateur du monde des échecs, mais vous êtes avant tout un scientifique. Pouvez-vous nous présenter votre parcours professionnel ?

Après mon diplôme d'ingénieur, je me suis orienté vers la recherche. Mon travail de thèse portait sur la modélisation numérique du procédé de soudage par friction inertielle, une technique utilisée dans l'industrie aéronautique. J'ai soutenu ma thèse de doctorat en sciences et génie des matériaux à l'Ecole des Mines de Paris en 1992. Ensuite, j'ai poursuivi ma carrière professionnelle sur des sujets de recherche liés à la modélisation numérique de phénomènes physiques complexes, en particulier dans le domaine de l'énergie nucléaire, pour la conception des réacteurs expérimentaux de fusion thermonucléaire contrôlée et pour l'amélioration de la sûreté des réacteurs à eau sous pression.

Comment avez-vous découvert le jeu d'échecs ?

Contrairement à beaucoup, je n'ai pas été initié par un membre de ma famille car personne ne savait jouer à la maison. J'ai découvert le jeu en 1978, au cours du match de championnat du monde entre Karpov et Kortchnoï à Baguio City aux Philippines. Je me souviens que le déroulement du match était suivi par les journaux télévisés et qu'une chaîne diffusait un résumé des parties en fin de soirée. Cet affrontement à rebondissement m'a fasciné et m'a incité à apprendre les règles du jeu en autodidacte sur un petit échiquier de voyage. Mon livre de chevet était un livre de l'ancien champion de France Michel Benoit intitulé « Les échecs », publié en 1978 aux éditions Solar. J'y ai découvert les rudiments de tactique et de stratégie, les principales ouvertures et finales ainsi que quelques parties célèbres.

Quel âge aviez-vous ?

J'ai appris les règles du jeu à quatorze ans mais je n'ai vraiment commencé à jouer sérieusement que deux ans plus tard en rejoignant le club d'Apt dans le Vaucluse après avoir participé à une simultanée contre Christian Blanc, un joueur de niveau régional. Un ancien du club m'a prêté le fameux recueil de parties de Bobby Fischer « Mes 60 meilleures parties ». Il était en notation descriptive, ce qui ne m'a pas empêché de dévorer le bouquin en un week-end. A cette époque, il n'était pas question de bases de données et de logiciels d'analyse, nous apprenions dans les livres. J'ai ensuite joué ma première partie de compétition puis participé au championnat départemental.

Comment avez-vous poursuivi votre progression ?

Ce ne fut pas un long fleuve tranquille car j'ai interrompu ma pratique pendant deux ans, de dix-huit à vingt ans. Il était difficile de concilier les échecs en compétition et la préparation des concours d'admission aux Grandes Ecoles. Mais le virus des échecs ne m'a pas quitté. Mes études d'ingénieur m'ont conduit à Grenoble. Je me suis inscrit à l'Echiquier Grenoblois. La confrontation avec des joueurs plus aguerris m'a incité à travailler plus sérieusement les échecs, ce qui m'a permis d'obtenir quelques succès régionaux dans le Dauphiné-Savoie. J'ai ensuite brièvement joué par équipe pour l'Echiquier des Papes à Avignon. Mais c'est mon passage à Cannes Echecs, le club porté à cette époque par son charismatique président Damir Levacic, qui m'a permis de franchir un nouveau palier en côtoyant des joueurs de niveau international comme Iossif Dorfman ou Vlad Tkachiev.

Quel était votre niveau ?

J'ai obtenu le titre de Maître de la Fédération Internationale des Echecs en 1995. A cette époque mon classement Elo a culminé à 2340 ce qui me situait à la 54ème place de la hiérarchie française.

C'est à cette époque que vous avez arrêté la compétition, pour quelle raison ?

La vie professionnelle m'a absorbé. J'étais éloigné du monde des échecs et ma motivation pour la compétition a décliné. A plus de trente ans, ma marge de progression en conciliant vie professionnelle et pratique des échecs était réduite. De plus, j'ai aussi d'autres centres d'intérêt.

N'avez-vous pas eu envie de retrouver le chemin des tournois ?

Quatorze ans plus tard, j'ai repris une licence à l'Echiquier Pertuisien dans le Vaucluse. Le Grand-Maître canadien Kevin Spraggett, rencontré à l'open d'Andorre, m'avait dit « vous allez souffrir, je n'ai pas fait de tournoi depuis trois mois et je trouve que la reprise est difficile après une aussi longue coupure ». Il avait raison. J'ai participé modestement à quelques tournois entre 2009 et 2014 avec une performance honorable à plus de 2300 Elo au tournoi du Cap d'Agde en 2014. A cette occasion, je m'étais prouvé que je pouvais encore produire un niveau de jeu décent mais je n'avais plus le même goût pour la compétition.

Pourquoi avoir créé le site « Regard sur les échecs » ?

Ce site est né en juillet 2012 de l'envie de faire partager ma passion et ma vision personnelle sur le monde des échecs. A la suite de conversations avec d'autres passionnés, je me suis aperçu que notre perception du jeu était multiple. J'ai donc pensé qu'il serait intéressant de communiquer mon propre regard sous la forme d'articles courts, exprimant des coups de coeur ou des coups de gueule, présentant des analyses, des critiques de livre ou d'article, des réflexions ou des opinions sur divers sujets relatifs au jeu d'échecs. Si « Regard sur les échecs » permet d'alimenter une réflexion sur tous les aspects de notre noble jeu pour mieux le faire connaître et le faire progresser, j'en suis très heureux. J'aurais alors apporté ma modeste pierre à un édifice qui, selon les historiens, a pris ses origines il y a bien longtemps en Inde au sixième siècle de notre ère.

Je suppose que vous suivez assidûment l'actualité des tournois ?

Même si je ne joue plus en compétition, je reste attentif à ce qui se passe dans le monde des échecs. Mais vous ne trouverez pas sur « Regard sur les échecs » des nouvelles quotidiennes relatant les grands tournois. D'autres sites le font déjà très bien, bien mieux que je ne pourrais le faire car mon activité professionnelle ne me laisse pas le loisir d'actualiser le site aussi fréquemment que je ne le souhaiterais. J'essaie néanmoins d'écrire un article chaque fois qu'un évènement m'interpelle.

Vous auriez pu offrir un site plus accessible aux débutants ?

Vous ne trouverez pas une méthode d'apprentissage du jeu d'échecs ou des exercices élémentaires pour débutant sur « Regard sur les échecs ». De nombreux livres et d'excellents éducateurs remplissent cette fonction remarquablement. J'essaie de proposer des analyses plus profondes de parties ou de positions complexes et originales. J'analyse parfois quelques fragments de mes propres parties lorsque ceux-ci présentent quelque intérêt.

Comment analysez-vous les parties ?

Mes analyses sont évidemment vérifiées à l'aide de logiciels performants tels que Stockfish. Cet usage de l'ordinateur n'élimine pas totalement le risque d'erreurs et peut conduire à proposer des variantes incompréhensibles. Un coup et la suite de coups qui en découlent ne sont forts en pratique que s'ils peuvent être découverts par l'homme. Ainsi, au-delà de la précision des variantes proposées par la machine, ce sont les commentaires humains qui sont intéressants car ils éclairent la ligne à suivre. Je m'efforce d'être pédagogue dans ces commentaires pour dévoiler les idées cachées dans les variantes proposées.
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Vous avez évoqué d'autres centres d'intérêt, quels sont-ils ?

De mon point de vue, le bien-être du corps et de l'esprit sont indissociables. La course à pied occupe beaucoup de mon temps, j'ai participé à de nombreux marathons. Ma meilleure performance est inférieure à 3 heures. Mais je m'adonne aussi à d'autres activités sportives comme la natation, le VTT et la randonnée en montagne.

La photographie m'intéresse beaucoup comme mode d'expression artistique. Je photographie depuis le début des années 1990. Mon travail est influencé par le réalisme social des photographes humanistes français de l'après-guerre, par la photographie documentaire américaine et ce que l'on nomme aujourd'hui la « street photography ». Un peu comme sur ce site dédié aux échecs, je propose un regard personnel sur le monde qui m'entoure. Mon approche est guidée par l'observation des comportements humains et la façon dont l'être humain compose avec sa condition. Un aperçu de mon travail d'auteur-photographe est présenté sur mon site.



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