Championnat de Russie : pas assez de spectacle ?

lundi 13 août 2012, 15:15

Lors de mon billet posté le 4 août dernier, je fustigeais la règle du décompte des points 3-1-0 utilisé pendant le tournoi de GM de Bienne. Le récent championnat de Russie a utilisé le décompte classique 1-1/2-0 et malgré l'interdiction de conclure la partie par un nul avant le 40ème coup par un accord mutuel, la grille finale laisse apparaître un très petit nombre de parties décisives.

Je vous livre le commentaire publié sur le site d'Europe Echecs : "Près de 75% de parties nulles ! C'est le triste bilan de cette super finale du championnat de Russie masculine, et ce malgré la nulle par accord mutuel interdite avant le 40e coup. 9 gains blancs, 2 gains noirs, mais beaucoup trop de parties ennuyeuses. Peu avant de début du tournoi, une conversation s'était engagée sur Twitter, où Susan Polgar regrettait que les prix du tournoi féminin ne représentaient que le tiers de celui des hommes. Certains +2700 justifiaient alors cette différence par un meilleur niveau de jeu chez les hommes. Susan remarquait cependant que le spectacle se déroulait surtout chez les femmes, avec plus d'émotions, de nombreuses parties décisives, des retournements de situations, et arguait, concernant le niveau de jeu, que de toutes façons, 99% des internautes ne comprenaient rien aux parties des +2700 et se contentaient de comparer les coups joués avec ceux des logiciels d'analyses. C'est pas faux."

Le problème posé ici dépasse largement le cadre des échecs et me semble symptomatique de la société de ce début de 21ème siècle. La forme et le fond sont opposés. En d'autres termes, doit-on favoriser le spectacle au dépend de la qualité ? Doit-on privilégier l'émotion au dépend de la raison ?

Susan Polgar milite en faveur des échecs féminins en mettant en avant le coté émotionnel lié aux fréquents retournements de situations. Ceux-ci sont dus à un niveau de jeu relativement inférieur à celui des meilleurs joueurs. On pourrait malicieusement lui rétorquer qu'à un niveau plus faible les échecs sont encore plus "spectaculaires" quelque soit le sexe des pratiquants.

La partie nulle étant probablement le résultat naturel d'une partie d'échecs correctement jouée de part et d'autre, il faut donc s'attendre à ce que l'augmentation du niveau de maîtrise accroisse le nombre de parties nulles entre joueurs de même force. Le manque de combativité et l'excès de parties insipides sont bien plus gênants qu'un trop grand nombre de parties nulles. Une partie nulle bien jouée a plus d'intérêt qu'un résultat décisif issu d'une gaffe.

Je me permets d'émettre quelques pistes (vous jugerez celles qui sont fantaisistes) pour rendre un tournoi "attrayant" :
  • opposer des joueurs de niveaux très différents,
  • ne pas comptabiliser les résultats pour le classement Elo afin de libérer les joueurs de la crainte de perdre des points (cf. le désormais tournoi défunt "Melody Amber"),
  • instaurer des incitations financières pour la ou les meilleures parties de chaque ronde (retour aux prix de beauté),
  • primer le joueur le plus combatif de chaque ronde,
  • ne pas inviter les joueurs trop "ennuyeux" ou trop solides,
  • interdire certaines ouvertures excessivement solides,
  • jouer tous les tournois en Fischer random pour éviter la préparation dans les ouvertures,
  • accélérer les cadences de jeu pour provoquer plus d'erreurs.
Mais après tout, un championnat de Russie doit-il être attrayant ? L'objectif de cette compétition n'est-il pas simplement de désigner le plus équitablement possible le champion national ? Peter Svidler a conquis six fois le titre de champion de Russie. Comment de fois a-t'il gagné un championnat "spectaculaire" ? Personne ne s'en souvient et ne s'en préoccupe.

La partie que je vous propose s'est achevée par le partage du point. Elle n'en est pas pour autant ennuyeuse. C'est une partie de combat riche de contenu : débat théorique dans une ouverture dynamique, lutte pour l'initiative, jeu précis, défense réussie d'une position inférieure.


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