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Boris Gelfand écrit sur les échecs

lundi 31 août 2015

Boris Gelfand a conquis une renommée mondiale par des résultats sur l'échiquier qui en ont fait un des meilleurs joueurs du monde depuis plus de vingt ans. Il a très certainement atteint l'apogée de sa carrière en 2012 en devenant challenger pour le titre mondial. En tant qu'auteur, sa bibliographie était néanmoins modeste puisqu'il n'avait publié qu'un seul livre sous le titre "My Most Memorable Games" aux éditions Olms en 2005. Ce recueil de parties commentées avait été encensé par la critique mais n'avait pas été suivi d'autres ouvrages. L'attente fut longue mais dix ans plus tard, assisté du prolifique auteur, éditeur, entraîneur et néanmoins Grand-Maître Jacob Aagaard, Boris Gelfand vient de commettre une nouvelle perle intitulée "Positional decision making in chess", publié par Quality Chess.

N'ayant participé à aucune compétition cet été, j'ai profité de mes vacances pour me plonger à doses homéopathiques dans le nouveau livre de Boris Gelfand. Comme beaucoup d'amoureux des livres d'échecs, je me procure les ouvrages incontournables mais n'ai que rarement le temps de les étudier de la première à la dernière page. Au mieux, je me plonge dans les premiers chapitres, puis, les jours passants, repousse à plus tard la lecture des suivants. Dans le pire des cas, je me contente de les feuilleter avec l'illusion que le seul fait de les posséder dans ma bibliothèque suffit à améliorer ma compréhension des échecs.

De nos jours, il n'est certainement plus nécessaire d'avoir assimilé de nombreux livres d'échecs pour devenir un compétiteur performant. Je soupçonne même certains jeunes joueurs de n'avoir développé leur habileté devant l'échiquier qu'en utilisant les bases de données et les moteurs d'analyse. En cela, ils réduisent le jeu à un simple exercice analytique pour lequel seul le résultat compte. Nous savons tous que les échecs sont bien plus que cela et les meilleurs livres sont là pour dévoiler les multiples richesses de ce jeu millénaire.

Dans la préface de "Positional decision making in chess", Boris Gelfand avertit le lecteur : "l'intention de ce livre n'est pas de se focaliser sur l'exactitude des coups que j'ai joué sur l'échiquier, mise en évidence par des analyses ultérieures, mais d'abord sur le processus de pensée qui m'a conduit à les trouver". Bien que certaines analyses soient détaillées, elles ne sont là que pour confirmer (ou parfois infirmer) l'intuition du joueur pendant la partie. Boris Gelfand se place résolument du coté du joueur de compétition qui ne recherche pas la vérité absolue mais la vérité pratique. Il dévoile sa façon d'aborder la partie : "De la façon dont je joue aux échecs, je n'ai pas besoin de tout voir à l'avance; je m'en remets beaucoup à mon intuition et à ma capacité à voir les choses plus en détail quand je m'en approche. Chacun a sa propre préférence pour équilibrer intuition et calcul et trouvera la façon qui lui convient le mieux." En cela, cet ouvrage ravira tous ceux qui souhaitent mieux comprendre comment les meilleurs joueurs raisonnent.

Le livre est découpé en cinq chapitres principaux dont les titres sont (en anglais) :
  • Playing in the Style of Akiba Rubinstein
  • The Squeeze
  • Space Advantage
  • Transformation of Pawn Structures
  • Transformation of Advantages
Il s'achève par une interview de Gelfand réalisée par Aagaard en 2012 peu après la fin de son match perdu pour le titre mondial face à Anand.

Ce livre n'est en rien un cours magistral qui couvrirait toutes les facettes de chacun des thèmes abordés mais plutôt un ensemble de parties abondamment commentées. Gelfand a souvent utilisé ses propres parties pour illustrer les différents thèmes mais a aussi analysé certaines parties classiques des maîtres du passé. Parmi eux, les parties d'Akiba Rubinstein, son maître à penser, y tiennent une place de choix.

Un autre aspect intéressant du livre est l'attitude réservée du champion vis-à-vis des évaluations des ordinateurs. Non pas qu'il se prive de leur assistance pour analyser des parties, mais il critique leur utilisation aveugle : "Trop souvent, les gens voient de tels coups suggérés par les ordinateurs et pensent que ces coups sont faciles à trouver. C'est loin d'être le cas ! Souvent, l'explication vient après avoir été alerté par la suggestion de l'ordinateur. Ce qui est difficile aux échecs est de comprendre les éléments importants d'une position avant de savoir ce que l'ordinateur pense être le meilleur !".

Ce livre semble être le premier volume d'un série. La carrière d'auteur de Boris Gelfand n'en est donc qu'à ses débuts. Pour notre plus grand bonheur !

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© Alain Moal 2012-2019Cliquez ici pour vous abonner à ce flux RSSDernière mise à jour : dimanche 24 mars 2019