Lacune théorique ou étourderie ?

Cliquez pour agrandir l'image samedi 3 mars 2019

La connaissance des finales est un atout pour le joueur d'échecs de compétition. L'époque des ajournements qui permettaient d'analyser les fins de parties en profondeur est révolue depuis bien longtemps. La maîtrise des finales est d'autant plus importante que les décisions doivent être prises devant l'échiquier sans l'aide de bases de données, de livres de référence ou de secondant. La connaissance de la théorie des finales permet de faire l'économie de calculs aléatoires à la fin d'une longue partie mais aussi de décider de la transition d'une finale complexe en une finale théorique à l'issue parfaitement maîtrisée. Les exemples les plus fréquents concernent les finales de Tour et pions qui peuvent se simplifier en finales théoriques facilement annulables.

La partie entre le néerlandais Anish Giri et l'américain Sam Shankland a offert un étrange spectacle lors de la onzième ronde du prestigieux tournoi Tata Steel qui s'est déroulé en ce début d'année à Wijk aan Zee aux Pays-Bas. Lorsque j'ai pris connaissance de l'évolution de cette partie sur le web, Giri dominait les débats dans une finale de Fou et pions contre Cavalier et pions. Le Cavalier de l'américain semblait en mauvaise posture mais sa capture nécessitait d'éloigner le Roi adverse du coeur de l'action. Il n'était pas très difficile de conclure que la poussée du pion de Giri en b6 anéantissait ses chances de gains car une position théorique bien connue pouvait être aisément atteinte par son adversaire. Il me semblait que le néerlandais devait explorer une autre voie pour tenter de faire plier son adversaire.

Ce n'est que le lendemain que j'ai pris connaissance de la suite de la partie. Ne trouvant aucun moyen pour vaincre son adversaire, Giri s'est résolu à pousser le pion en b6 provoquant l'abandon immédiat et inattendu de Shankland.

La courte analyse de cette finale est riche d'enseignements :



Les exemples d'abandon dans une position nulle voire même gagnante sont nombreux mais demeurent rares à ce niveau de jeu. Sam Shankland a connu une forte progression en 2018, année pendant laquelle il s'est installé dans le club fermé des joueurs à plus de 2700 points Elo. Au moment de la partie, il occupait la 27ème place du classement mondial.

Son erreur de jugement est peut-être due à une simple étourderie causée par la fatigue. Il s'est peut-être convaincu de la perte inéluctable après une longue défense contre un adversaire redoutable (Giri est 5ème joueur mondial). Ce blocage psychologique a pu occulter la reconnaissance du caractère théorique d'une position que l'on retrouve dans les bons livres de finales. Nous pouvons citer par exemple "Fundamental Chess Endings" de Karsten Müller et Frank Lamprecht publié aux éditions Gambit.

La méconnaissance de cette position de nulle en finale de Fou et pion contre Roi serait une explication plus embarrassante pour le champion américain. Dans ce cas, il a fait preuve de sérieuses lacunes dans sa préparation. Beaucoup de joueurs consacrent la majeure partie de leur préparation aux ouvertures, négligeant l'étude de finales pratiques et théoriques. Ils auraient certainement beaucoup à gagner en y consacrant plus de temps et en révisant régulièrement leurs classiques.

L'américain fit preuve d'une grande force de caractère après cette cruelle défaite et gagna les deux parties suivantes. Lors de la dernière ronde, il fût même le dernier joueur à vaincre Vladimir Kramnik avant l'annonce de la retraite de l'ancien champion du monde à seulement 42 ans.

Le portrait de Sam Shankland est à mettre au crédit de la talentueuse joueuse et photographe Alina l'Ami.

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Exercice tactique



© Alain Moal 2012-2019Cliquez ici pour vous abonner à ce flux RSSDernière mise à jour : samedi 8 juin 2019