Tour contre Tour et Cavalier : une défense parfois ardue

Cliquez pour agrandir l'image dimanche 4 novembre 2012, 18:45

Les bons livres consacrés aux fins de parties nous apprennent que la finale Tour contre Tour et Cavalier est nulle à quelques exceptions près lorsque le Roi de la défense est très défavorablement placé (les méthodes de gain ne sont d'ailleurs pas évidentes). Ces livres précisent même que la défense est relativement facile à conduire. Fort de ces précieuses informations, nous tournons quelques pages pour nous consacrer au travail plus sérieux de l'apprentissage des méthodes ardues de défense et de gain de la fameuse finale Tour contre Tour et Fou. Après tout, si la finale avec le Cavalier apparaît dans notre pratique nous serons bien à temps de résoudre le problème sur l'échiquier.

Ce raisonnement est sans doute vrai dans le confort de son laboratoire d'analyse, lorsque rien n'est en jeu, mais c'est une toute autre paire de manches au cours d'une partie de compétition.

Connaissant mes classiques, je suivais donc avec enthousiasme la finale du Trophée Karpov opposant l'ukrainien Vassily Ivanchuk à l'ancien champion du monde Anatoly Karpov au Cap d'Agde. Après une féroce bataille positionnelle en milieu de jeu, la partie jouée à une cadence rapide s'est simplifiée jusqu'à atteindre la fameuse finale Tour contre Tour et Cavalier. Le Grand-Maître Bachar Kouatly qui commentait la partie sur internet annonçait avec confiance qu'annuler ce type de finale à un tel niveau était un jeu d'enfant et que malgré la longue torture qu'allait tenter d'infliger Karpov à son adversaire, l'issue de la partie ne faisait plus de doute : le partage du point.

Voici la fin de partie :



Stupeur, le génial Ukrainien venait de perdre une finale réputée facile à annuler. Si un joueur possédant une aussi grande expérience et une aussi profonde compréhension du jeu d'échecs pouvait perdre ce type de position, qu'en était-il du commun des mortels ?

Certains vont répliquer en accusant la cadence de jeu : un ajout de temps de 10 secondes par coup ne permet pas de jouer correctement aux échecs. Ils ont sans doute raison. Avec plus de temps de réflexion, Ivanchuk aurait probablement sauvé la position. Mais de nos jours, les cadences de jeu sont telles (même en cadence classique) qu'il est rare de disposer de beaucoup de temps au delà du soixantième coup.

La défaite d'Ivanchuk ne serait-elle pas simplement due à la croyance commune que ce type de finale est très facile à annuler ?

Sans doute, n'a-t'il pas accordé l'attention suffisante aux méthodes de défense spécifiques de cette fin de partie. Comme la majorité des joueurs, connaissant la réputation de cette finale, il n'a peut-être pas mémorisé les principes généraux qui permettent d'éviter les quelques écueils de ce type de position.

La défaite de Judit Polgar opposée à Garry Kasparov à Dos Hermanas en 1996 avait fait elle aussi en son temps beaucoup de bruit :



J'invite donc mes internautes-lecteurs à s'intéresser d'un peu plus près à cette finale. Le camp attaquant (avec le Cavalier) a tout intérêt à poursuivre le jeu, surtout si le Roi adverse est proche d'un coin de l'échiquier. Le camp de la défense ne doit pas s'en tenir aux conclusions péremptoires des livres et doit demeurer vigilant jusqu'au bout.

Ce billet est illustré par une photographie de Ray Morris-Hill.
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