Selon que vous serez puissant ou misérable ...

Cliquez pour agrandir l'image vendredi 1 février 2013, 20:18

Un court article daté du 28 janvier sur le site échiquéen d'actualité chessdom me fait réagir.

Sous le titre  "Drame à Gibraltar", cet article relate une violation du règlement par deux joueurs de l'élite mondiale. Vassily Ivanchuk  et Le Quang Liem ont conclu une partie nulle en seulement quatorze coups. Cette belle "nulle de salon", comme on en voyait beaucoup à une autre époque, semble pleinement satisfaire deux des favoris du tournoi. Voici l'oeuvre de nos deux belligérants aux fleurets mouchetés :



A la septième ronde d'un open difficile, les deux joueurs avaient besoin de souffler un peu. Où est le mal, me direz-vous ?

Il y a effectivement des évènements bien plus affligeants dans ce bas monde mais le problème réside dans le règlement du tournoi qui stipule qu'aucune partie ne peut être nulle par consentement mutuel avant le 30ème coup. Les organisateurs souhaitent, à juste titre, combattre les nulles précoces en contraignant les joueurs à exécuter un nombre de coups minimal avant de se serrer la main et de vaquer à d'autres occupations.

Plus tôt, dans le même tournoi, deux joueurs de moindre prestige avaient eux aussi fauté. Magnanimes, arbitres et organisateurs leur ont proposé de recommencer la partie ou de les déclarer forfait. Il en fût naturellement de même pour Ivanchuk et Le Quang Liem.

Mais, c'est là que l'histoire se corse. Comme aucun arbitre n'aurait été présent lors de la fin de la partie pour signaler aux joueurs de poursuivre jusqu'au 30ème coup, les deux compères auraient regagné leurs chambres respectives. Ils ont ensuite argumenté que même si le règlement du tournoi stipulait la règle des 30 coups, personne ne l'avait rappelée avant le début des rondes.

Il m'est difficile de croire que deux joueurs professionnels appartenant à l'élite mondiale ne soient pas au fait d'un point aussi important du règlement. N'est-ce pas aussi grave que de ne pas jouer une pièce touchée ou d'oublier la pendule et perdre au temps ?

Si Ivanchuk nous apparaît souvent comme un sympathique rêveur, détaché de certaines contingences matérielles, il est peu probable qu'il en soit aussi de même pour son adversaire. Une telle double négligence à ce niveau serait surprenante.

Stuart Conquest, officiant en tant que directeur du tournoi et commentateur, déclara qu'une décision "politiquement correcte" avait été trouvée pour ne pas décevoir les protagonistes : le résultat nul est acté mais Ivanchuk a donné son accord pour délivrer une "master class" au public. Un avertissement sans frais en quelque sorte, si ce n'est une clémente peine d'utilité publique pour le génial Ukrainien qui ravira bien plus les amateurs que sa terne prestation contre le jeune Vietnamien (master class d'Ivanchuk).

Enfin une histoire qui se termine bien !

A propos, qu'en est-il de la partie sans doute rejouée entre nos deux joueurs anonymes du bas du tableau ? Le résultat de la seconde partie a-t'il été invalidé pour ne retenir que la courte nulle consentie en première instance ?

Il semble que nous ne soyons pas tous égaux devant la règle. La justice des hommes est bien imparfaite. La fable « Les Animaux malades de la peste » de Jean de La Fontaine s'achève par ces vers :
« Selon que vous serez puissant ou misérable,
Les jugements de cour vous rendront blanc ou noir »

Une référence au jeu d'échecs, peut-être ?

Ce billet est illustré par une photographie de Ray Morris-Hill.
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