Le jour où la France a failli être championne d'Europe

Cliquez pour agrandir l'image lundi 18 novembre 2013, 20:19

Lorsque j'ai débuté les échecs au début des années 80, la France était une nation mineure dans le concert international dominé par l'URSS et les pays d'Europe de l'Est. Après André Muffang qui obtint le titre à sa création en 1950, Aldo Haik a été le second joueur français à devenir Maître International en 1977. Il faudra attendre 1989 pour qu'un joueur français accède au titre tant convoité de Grand-Maître International. C'est Bachar Kouatly qui eut le privilège d'ouvrir la voie aux nombreux titrés qui l'ont suivis.

Aujourd'hui, la France est une nation reconnue au niveau international. Après Joël Lautier cotoyant l'élite mondiale dans les années 90 et jusqu'à sa retraite sportive en 2005, Etienne Bacrot, Maxime Vachier-Lagrave et Laurent Fressinet se sont installés parmi ceux que l'on nomme, faute de terme officiel, les Super Grands-Maîtres (la petite cinquantaine de joueurs à plus de 2700 points Elo). Selon le classement des dix meilleurs joueurs de chaque pays, la France se positionne parmi les cinq meilleures nations mondiales.

Malgré la progression du niveau de nos meilleurs joueurs, la France n'a que rarement brillé dans les grandes compétitions internationales par équipe. Bien sûr, notre équipe est déjà montée à deux reprises sur le podium des championnats d'Europe. Mais en 2001, la Russie et l'Arménie étaient absentes et en 2005, la Russie était privée de certains de ses meilleurs joueurs. Désormais, la concurrence est de plus en plus rude. Au niveau mondial, certains pays tels que la Chine et l'Inde ont émergé. L'éclatement de l'URSS a permis à de nombreuses nations de s'exprimer indépendamment (la Russie, l'Ukraine, l'Arménie, l'Azerbaïdjan, la Biélorussie, ...). Dans ce contexte d'universalisation de notre sport, beaucoup de nations traitent d'égal à égal avec les meilleurs. Même la Russie ne parvient plus à dominer les débats.

Pourtant, bien qu'affaiblie par l'absence de Laurent Fressinet embauché pour seconder Magnus Carlsen pendant le championnat du monde individuel concomitant, la France vient de frôler le titre de championne d'Europe à Varsovie (Pologne). Après avoir occupé le fauteuil de leader jusqu'à la dernière ronde, le titre s'est malheureusement envolé à l'issue de l'ultime match perdu par le plus petit des écarts contre la redoutable équipe de Russie.

Le parcours de l'équipe de France est éloquent :

France-Slovénie : 2,5-1,5
France-Biélorussie : 2,5-1,5
France-Ukraine : 3-1
France-République Tchèque : 2,5-1,5
France-Hongrie : 2-2
France-Grèce : 2,5-1,5
France-Azerbaïdjan : 2-2
France-Arménie : 2-2
France-Russie : 1,5-2,5

Le titre est tombé dans l'escarcelle de l'Azerbaïdjan et la France, grâce à un meilleur départage, a conservé une deuxième place méritée.

1- Azerbaïdjan : 14 sur 18 points possibles
2- France : 13
3- Russie : 13
4- Arménie : 13
5- Hongrie : 12
6- Géorgie : 12
7- Grèce : 11
8- République Tchèque : 11
9- Ukraine : 11
10- Angleterre : 11
11- Pays-Bas : 11
12- Italie : 11

38 équipes ont participé à ce championnat très disputé.

Qu'Etienne ne m'en veuille pas d'attirer l'attention sur sa seule défaite du championnat alors qu'il avait la lourde tâche de tenir le premier échiquier contre quelques uns des meilleurs joueurs du monde, mais sa défaite contre le numéro 2 mondial, l'arménien Levon Aronian, m'est apparue comme un tournant dans le parcours de l'équipe de France. Une partie nulle aurait permis à la France de vaincre une des équipes favorites et ainsi, conforter sa place de leader.



En espérant que l'écho médiatique de cette grande performance collective dépasse le microcosme du monde des échecs, j'adresse un grand bravo à Etienne Bacrot, Maxime Vachier-Lagrave, Romain Edouard, Vlad Tkachiev et Hicham Hamdouchi pour ce résultat mémorable.

Ce billet est illustré par une photographie de nos trois premiers échiquiers (Etienne Bacrot, Maxime Vachier-Lagrave et Romain Edouard) extraite de la galerie de Marek Skrzypczak et Lena Skrzypczak accessible sur le site officiel (http://etcc2013.com).

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