Des Olympiades septentrionales

Cliquez pour agrandir l'image mardi 26 août 2014, 18:32

En cet été chargé en évènements sportifs, les Olympiades d'échecs qui viennent de s'achever à Tromso (une ville de Norvège située au nord du cercle polaire) occupent une place particulière. D'abord, parce que peu de nos médias généralistes s'y sont intéressés et ensuite, parce que rares sont les sports capables de réunir en un même lieu pendant une quinzaine de jours les équipes nationales de plus de 150 pays. Les grands pays échiquéens tels que la Russie, l'Ukraine, la France ou l'Allemagne côtoient les petites nations telles que la Papouasie-Nouvelle-Guinée, le Népal ou le Mozambique. La devise de la Fide "Gens una sumus" (nous sommes une seule famille) trouve tout son sens lors de cet évènement planétaire.

Dans ce véritable championnat du monde par équipe, les meilleurs professionnels affrontent de simples amateurs venus de pays improbables. J'envie ces joueurs qui ont la chance d'y représenter leur pays. Vous me direz que la chance intervient peu dans la sélection des joueurs des équipes nationales : il faut simplement faire partie des meilleurs de son pays. C'est vrai, mais la barre pour faire partie des meilleurs joueurs d'échecs Bahaméens ou Français n'est pas placée à la même hauteur. A moins de changer de fédération ou de se faire naturaliser Fidjien ou Tanzanien, la plupart d'entre nous n'auront jamais l'opportunité de participer à cette compétition exceptionnelle. Faute de mieux, je me suis consolé en suivant avec passion les affrontements sur internet.

Cette année, c'est le pays natal du champion du monde qui a accueilli l'évènement. L'avènement de Magnus Carlsen a boosté la popularité des échecs en Norvège a tel point que des chaînes de télévision locales se disputent les droits de retransmission. L'organisation n'a pas été simple car même pour un pays riche comme la Norvège et un budget sans commune mesure avec celui des jeux Olympiques, les problèmes financiers ont failli faire capoter la compétition. Un accord financier de dernière minute avec le gouvernement norvégien a finalement permis la bonne tenue de ces Olympiades.

Plusieurs équipes, dont la France, pouvaient prétendre au titre mais ce sont finalement les Chinois qui ont dominés l'épreuve. La Chine s'affirme comme la nation montante. Même privée de plusieurs de ses meilleurs joueurs, elle a montré que son réservoir était riche de jeunes talents. L'expérimenté Wang Yue a neutralisé le premier échiquier alors que le jeune Yu Yangyi a été impérial au troisième échiquier, véritable révélation de ces Olympiades.

Le parcours de l'équipe de France a été remarquable. Notre équipe a joué les premiers rôles, partageant la première place avec la Chine à la 9ème ronde. Le match décisif entre les deux leaders a tourné à l'avantage des Chinois à la suite d'une défense inhabituellement faible de Laurent Fressinet dans une finale de Tours contre Yu Yangyi. Après la 10ème ronde, les Français étaient encore 3ème mais le pire appariement possible leur était proposé. A la dernière ronde, ils durent affronter les Russes, favoris de l'épreuve.

Alors qu'un match nul, qui ne pouvait satisfaire aucune des deux équipes, se profilait, Romain Edouard craqua sous la pression du russe Nepomniachtchi. Malgré cette victoire, les Russes sont restés au pied du podium. Après cette 11ème et malheureusement dernière ronde, la France n'est pointée que 13ème. Cette place ne reflète pas le parcours remarquable de l'équipe mais met en lumière l'insuffisance du système suisse pour départager le peloton des poursuivants. La Chine et la Hongrie occupent logiquement la première et la seconde place. Mais l'attribution de la 3ème place a nécessité l'utilisation des systèmes de départage. L'Inde, bien qu'affaiblie par l'absence de ses deux meilleurs joueurs, occupe cette flatteuse 3ème place sans avoir été confrontée à la plupart des meilleures équipes. Pour départager les prétendants au podium, une ou deux rondes supplémentaires auraient été nécessaires. Une 12ème ronde aurait certainement pourvu l'équipe de France d'un appariement plus favorable et permis une remontée méritée au classement.

Le bilan des points Elo gagnés et perdus par nos joueurs est positif montrant que notre équipe a joué au dessus de son niveau. Nos représentants méritent d'être félicités avec un accessit à Etienne Bacrot auteur d'une remarquable performance au second échiquier. Nul doute que la France sera encore parmi les favoris des prochaines échéances. Et qui sait, avec un peu de réussite ...

Il m'a semblé que la finale entre Laurent Fressinet et Yu Yangyi jouée au troisième échiquier du match décisif opposant la France à la Chine méritait une analyse.



La photographie illustrant ce billet montre la joie des équipes de Chine (mixte et féminine) première et seconde (derrière la Russie) de leurs compétitions respectives (site officiel).

Partager sur Facebook Partager sur Twitter

Retour

Accueil  |  Précédent  |  Suivant

Cliquez pour agrandir l'image

Abonnez-vous au flux RSS

Cliquez ici pour vous abonner à ce flux RSS

Partagez

Partager sur Facebook Partager sur Twitter

Billets publiés

2017
Le réveil de l'Afrique
Kasparov vaillant mais rouillé
Un Cavalier en prise
Jouer aux échecs pour maigrir ?
Les coups invisibles
Chucky mate Magnus

2016
La France rétrograde
Riazantsev roule en Renault
Deux garnements bafouent l'éthique
Que le meilleur gagne !
MVL tutoie les étoiles
Le sacrifice en h7 revisité
Kasparov défie les meilleurs
Un heureux dénouement
Candidats : première mi-temps
Oser descendre dans l'arène
Des Rois et des pions

2015
Un accessit en terre de glace
Entraîneur d'échecs diplômé ... à 8 ans !
Apprenons de nos parties blitz
Boris Gelfand écrit sur les échecs
Vaujany vs Morzine : second round
La palme de la défaite la plus idiote
Petit arrangement entre amis
La défaite la plus stupide de l'année
Pia Cramling, la perle venue du nord
Un sport de jeunes
Liquidation en finale de pions
Triste journée
Fatigue décisionnelle et épuisement de l'ego

2014
Nakamura blitze Aronian à Saint-Louis
Carlsen confirme son titre
Mon épopée au Cap d'Agde
Dame et Cavalier contre Dame et Fou
Des Olympiades septentrionales
Les échecs en Hongrie selon József Horvath
Concurrence alpestre
Lorsque le Fou domine le Cavalier
Un décor éblouissant
Tous derrière et lui devant !
Triomphe de Motylev, déroute de Elo
Tour et pion(s) contre Dame
Trop tôt disparus
Un beau sacrifice de qualité positionnel
Honneur aux vétérans !

2013
Un calendrier incompréhensible
Le nouveau Roi va-t'il imposer son style ?
Le jour où la France a failli être championne
Des Cavaliers et des pions sur la même aile
La force des maîtres du passé
Les échecs à la montagne
Cogitations estivales
Bases de parties : anges ou démons
Clichy champion, comme d'habitude !
Une finale embarrassante
Fatigué, approximatif mais décisif
Carlsen joue à qui perd gagne
Candidats : le premier sang est versé
Tournoi des candidats, une tradition renouvelée
Selon que vous serez puissant ou misérable
Défaillance technique à Wijk aan Zee
Magnus Carlsen prend de la hauteur
Créativité contre pragmatisme

2012
Une championne du monde inattendue
Eugenio Torre, l'ami de Bobby Fischer
Certaines cadences de jeu sont archaïques
Tour contre Tour et Cavalier
Un jeune organisateur de tournoi rapide
Coupe d'Europe : où sont les clubs français ?
L'étoile Topalov brille de nouveau
Gelfand dévoile sa préparation
Olympiades : une partie décisive
Une finale imperdable
Olympiades : les grands absents
Finale de Tours au championnat du monde
Russie : pas assez de spectacle ?
Echecs et télévision
Trop fort. Vous n'avez plus le droit de jouer !
Une brillante attaque
Bienne : Carlsen ou Wang Hao ?
Les grands principes sont bafoués
Un sauvetage improbable

Exercice tactique


© Alain Moal 2012-2017Cliquez ici pour vous abonner à ce flux RSSDernière mise à jour : samedi 4 novembre 2017