Des Olympiades septentrionales

Cliquez pour agrandir l'image mardi 26 août 2014

En cet été chargé en évènements sportifs, les Olympiades d'échecs qui viennent de s'achever à Tromso (une ville de Norvège située au nord du cercle polaire) occupent une place particulière. D'abord, parce que peu de nos médias généralistes s'y sont intéressés et ensuite, parce que rares sont les sports capables de réunir en un même lieu pendant une quinzaine de jours les équipes nationales de plus de 150 pays. Les grands pays échiquéens tels que la Russie, l'Ukraine, la France ou l'Allemagne côtoient les petites nations telles que la Papouasie-Nouvelle-Guinée, le Népal ou le Mozambique. La devise de la Fide "Gens una sumus" (nous sommes une seule famille) trouve tout son sens lors de cet évènement planétaire.

Dans ce véritable championnat du monde par équipe, les meilleurs professionnels affrontent de simples amateurs venus de pays improbables. J'envie ces joueurs qui ont la chance d'y représenter leur pays. Vous me direz que la chance intervient peu dans la sélection des joueurs des équipes nationales : il faut simplement faire partie des meilleurs de son pays. C'est vrai, mais la barre pour faire partie des meilleurs joueurs d'échecs Bahaméens ou Français n'est pas placée à la même hauteur. A moins de changer de fédération ou de se faire naturaliser Fidjien ou Tanzanien, la plupart d'entre nous n'auront jamais l'opportunité de participer à cette compétition exceptionnelle. Faute de mieux, je me suis consolé en suivant avec passion les affrontements sur internet.

Cette année, c'est le pays natal du champion du monde qui a accueilli l'évènement. L'avènement de Magnus Carlsen a boosté la popularité des échecs en Norvège a tel point que des chaînes de télévision locales se disputent les droits de retransmission. L'organisation n'a pas été simple car même pour un pays riche comme la Norvège et un budget sans commune mesure avec celui des jeux Olympiques, les problèmes financiers ont failli faire capoter la compétition. Un accord financier de dernière minute avec le gouvernement norvégien a finalement permis la bonne tenue de ces Olympiades.

Plusieurs équipes, dont la France, pouvaient prétendre au titre mais ce sont finalement les Chinois qui ont dominés l'épreuve. La Chine s'affirme comme la nation montante. Même privée de plusieurs de ses meilleurs joueurs, elle a montré que son réservoir était riche de jeunes talents. L'expérimenté Wang Yue a neutralisé le premier échiquier alors que le jeune Yu Yangyi a été impérial au troisième échiquier, véritable révélation de ces Olympiades.

Le parcours de l'équipe de France a été remarquable. Notre équipe a joué les premiers rôles, partageant la première place avec la Chine à la 9ème ronde. Le match décisif entre les deux leaders a tourné à l'avantage des Chinois à la suite d'une défense inhabituellement faible de Laurent Fressinet dans une finale de Tours contre Yu Yangyi. Après la 10ème ronde, les Français étaient encore 3ème mais le pire appariement possible leur était proposé. A la dernière ronde, ils durent affronter les Russes, favoris de l'épreuve.

Alors qu'un match nul, qui ne pouvait satisfaire aucune des deux équipes, se profilait, Romain Edouard craqua sous la pression du russe Nepomniachtchi. Malgré cette victoire, les Russes sont restés au pied du podium. Après cette 11ème et malheureusement dernière ronde, la France n'est pointée que 13ème. Cette place ne reflète pas le parcours remarquable de l'équipe mais met en lumière l'insuffisance du système suisse pour départager le peloton des poursuivants. La Chine et la Hongrie occupent logiquement la première et la seconde place. Mais l'attribution de la 3ème place a nécessité l'utilisation des systèmes de départage. L'Inde, bien qu'affaiblie par l'absence de ses deux meilleurs joueurs, occupe cette flatteuse 3ème place sans avoir été confrontée à la plupart des meilleures équipes. Pour départager les prétendants au podium, une ou deux rondes supplémentaires auraient été nécessaires. Une 12ème ronde aurait certainement pourvu l'équipe de France d'un appariement plus favorable et permis une remontée méritée au classement.

Le bilan des points Elo gagnés et perdus par nos joueurs est positif montrant que notre équipe a joué au dessus de son niveau. Nos représentants méritent d'être félicités avec un accessit à Etienne Bacrot auteur d'une remarquable performance au second échiquier. Nul doute que la France sera encore parmi les favoris des prochaines échéances. Et qui sait, avec un peu de réussite ...

Il m'a semblé que la finale entre Laurent Fressinet et Yu Yangyi jouée au troisième échiquier du match décisif opposant la France à la Chine méritait une analyse.



La photographie illustrant ce billet montre la joie des équipes de Chine (mixte et féminine) première et seconde (derrière la Russie) de leurs compétitions respectives (site officiel).

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© Alain Moal 2012-2019Cliquez ici pour vous abonner à ce flux RSSDernière mise à jour : dimanche 24 mars 2019