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Un sport de jeunes

mercredi 25 février 2015

Le tournoi Tata Steel qui vient de s'achever sur les bords de la mer du nord dans la petite station balnéaire de Wijk aan Zee a délivré son verdict. Le classement final a démontré, s'il en était encore besoin, que les échecs sont un sport de jeunes. Le tournoi "Masters", réunissant une partie de l'élite mondiale, a été logiquement dominé par le champion du monde Magnus Carlsen (24 ans). Il a néanmoins peiné pour se défaire de la jeune génération : Maxime Vachier-Lagrave (24 ans), Anish Giri (20 ans), Wesley So (21 ans) et Ding Liren (22 ans), respectivement second, troisième, quatrième et cinquième. Seul, l'imprévisible Vassily Ivanchuk (45 ans) a donné un temps l'illusion que la génération qui a dominée les années 90 sous l'ère Kasparov était encore compétitive.

Le tournoi "Challengers" est aussi à marquer d'une pierre blanche. Il a révélé l'incroyable précocité d'un jeune chinois de 15 ans, actuel vice champion du monde junior. La victoire éclatante de Wei Yi (il va falloir se souvenir de ce nom)  lui permet de franchir la barre symbolique des 2700 points Elo et de se positionner parmi les 50 meilleurs joueurs du monde. Sa courbe de progression est encore plus impressionnante que celle de Magnus Carlsen au même age.

Ce tournoi a vu la déroute d'une légende des échecs, le Grand-Maître Jan Timman, ex-numéro 3 mondial, qui n'est pas parvenu à faire la preuve de sa supériorité face à ses jeunes adversaires. A 63 ans, il termine à une inconcevable dernière place dans un tournoi qu'il aurait survolé il y a quelques années.

Jan Timman
Jan Timman dans le brouillard

Lors de l'open de Gilbraltar, interrogé par Stuart Conquest dans le cadre d'une Master Class, Veselin Topalov (39 ans) a avoué qu'il n'avait plus vraiment l'espoir de reconquérir le titre suprême, admettant que Magnus Carlsen et la jeune génération avaient pris le pouvoir. Le champion bulgare estime qu'il est dans l'ordre des choses que les plus jeunes poussent les anciens vers la sortie. Il se donne encore quelques courtes années au plus haut niveau avant de songer à seconder de nouvelles gloires. Lors du tournoi, sa prémonition s'est confirmée lorsqu'il a du concéder le nul face au jeune Wei Yi. Questionné sur sa motivation après 20 ans au plus niveau, Topalov a répondu sans hésitation qu'il n'était évidemment plus aussi motivé que dans sa jeunesse, approuvant le choix de Kasparov de prendre sa retraite sportive à 42 ans, avant de subir la chute inéluctable de ses performances.

Il est toujours difficile d'expliquer à un béotien que les échecs sont non seulement un sport mais surtout une discipline dominée par les jeunes. Les bases de données, les moteurs d'analyse et internet ont accéléré la progression des plus jeunes. Ces outils ont offert l'accès à une information qui aurait nécessitée des mois, voire des années, de collecte dans les livres, bulletins de tournois et revues spécialisées. Trop souvent, les médias véhiculent l'image de vieux messieurs que l'on imagine dans une maison de retraite déplaçant précautionneusement de lourdes pièces sur un échiquier stylisé. Certes, la carrière d'un joueur d'échecs au plus haut niveau est un peu plus longue que dans d'autres disciplines sportives, mais il faut se rendre à l'évidence : aucun joueur de plus de 50 ans ne figure parmi les 100 meilleurs mondiaux.

Pour être un compétiteur performant aux échecs, il est nécessaire d'avoir une véritable dévotion pour ce jeu. Cette implication extrême est l'apanage des plus jeunes qui aspirent à atteindre l'Olympe de notre sport. Le temps passant, beaucoup devront admettre que les candidats sont nombreux mais que les places sont comptées. Les plus clairvoyants renonceront à leur rêve de gloire échiquéenne pour se tourner vers une activité mieux reconnue socialement.

Pour être performant, il est aussi nécessaire de bénéficier d'une bonne mémoire, d'une grande vivacité intellectuelle et d'être endurant sur le plan mental car ces qualités doivent se maintenir à un haut niveau pendant la durée d'une partie (plusieurs heures) et la durée d'un tournoi (plusieurs jours). Même s'il est possible, par une hygiène de vie irréprochable, d'entretenir ces qualités en vieillissant, elles sont l'apanage de la jeunesse. Bien sûr, l'age apporte sagesse et expérience, synonymes de meilleure compréhension du jeu et peut-être même d'une meilleure intuition devant l'échiquier. Mais l'aspect tactique est prépondérant aux échecs : combien de belles réalisations stratégiques ont été ruinées par une simple erreur de calcul ?

Korchnoï-Uhlmann
Réminiscence d'un glorieux passé : Korchnoï affronte Uhlmann

Les échecs sont un sport de jeunes mais ils sont aussi un jeu qu'il est possible de pratiquer à tout age. A une époque ou des enfants décrochent le titre de Grand-Maître, quel plaisir lorsque deux anciens champions sortent de leur retraite pour se défier en parties rapides. Ce beau moment opposant Viktor Korchnoï (84 ans) et Wolfgang Uhlmann (80 ans) nous a été offert lors du récent tournoi de Zurich. Que nous importe si les parties ne furent pas au niveau de la grandeur passée de ces champions car permettre une telle confrontation fût tout aussi important que le simple résultat sportif.

Les photographies du jeune chinois Wei Yi et du vétéran Jan Timman sont l'oeuvre d'Alina L'Ami pour le site du tournoi Tata Steel. Viktor Korchnoï et Wolfgang Uhlmann ont été immortalisés (s'il en était encore besoin) par Eteri Kublashvili pour le site du Zurich Chess Challenge.

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Exercice tactique



© Alain Moal 2012-2019Cliquez ici pour vous abonner à ce flux RSSDernière mise à jour : samedi 8 juin 2019