Pia Cramling, la perle venue du nord

Cliquez pour agrandir l'image mercredi 8 avril 2015, 18:38

Si ma mémoire ne me fait pas défaut, ma rencontre avec la championne suédoise remonte au début des années 80. Accompagnée de son frère aîné Dan, elle jouait à Marseille. Le tournoi se déroulait dans les salles de la Criée sur les quais du Vieux Port, lieu qui abrite le théâtre éponyme dirigé à cette époque par le célèbre metteur en scène Marcel Maréchal. Dan a abandonné depuis longtemps la pratique professionnelle des échecs pour une carrière plus conventionnelle. Pia, malgré son jeune âge, était déjà à cette époque une des meilleures joueuses du monde. Poursuivant son petit bonhomme de chemin, parcourant le monde de tournoi en tournoi, elle fût une des premières femmes à décrocher le titre tant convoité de Grand-Maître International. Physiquement, la jolie et frêle suédoise n'avait pourtant rien pour inspirer la crainte chez ses adversaires, mais elle s'est révélée une formidable compétitrice. Dans les années 80, avant l'avènement des soeurs Polgar, elle occupa la première place du classement mondial féminin à seulement vingt-et-un ans. Championne d'Europe à deux reprises, elle ne parvint pourtant pas à décrocher le titre mondial, échouant plusieurs fois en demi-finale du cycle. Aujourd'hui, mariée avec le Grand-Maître espagnol Juan Manuel Bellon, Pia est maman de la jeune Anna, née il y a maintenant douze d'ans. A bientôt cinquante-deux ans, la championne suédoise fait toujours partie de l'élite féminine mondiale. Une telle longévité est rare à une époque ou les talents échiquéens éclosent de plus en plus jeunes.

Malgré les années, les traits de la joueuse suédoise ont peu changé, sa silhouette est toujours aussi frêle et la compétitrice est toujours aussi redoutable. Comme un défi au temps qui passe, Pia est restée fidèle aux variantes Kan et Taimanov de la défense Sicilienne, ouverture qu'elle pratique depuis de nombreuses années contre 1.e4. C'est sans doute parce que nous sommes de la même génération que j'ai assisté avec beaucoup d'intérêt et une certaine nostalgie à l'accession de Pia aux demi-finales du championnat du monde féminin qui vient de s'achever à Sotchi.

Certes, la formule à élimination directe avec seulement deux parties à cadence lente par match n'est pas adaptée au sacre de la meilleure joueuse du monde, mais elle assure un spectacle fait de tensions nerveuses, de rebondissements et d'élimination surprise des favorites. Personne n'est dupe; la compétition est dévaluée par l'absence de la jeune chinoise Hou Yifan, tenante du titre, qui domine les échecs féminins depuis la retraite sportive de Judit Polgar.  Néanmoins, cette compétition est intéressante à suivre car elle offre une chance à un grand nombre de joueuses.

Le Grand-Maître Sergey Shipov a loué le jeu de la suédoise lors de la première partie du match opposant Pia à la russe Natalija Pogonina en demi-finale de ce championnat. Selon le commentateur russe, la finale de Tours qui conclût la partie fût une remarquable réalisation technique digne de figurer dans tous les manuels de finales. Pour en avoir le coeur net, je vous propose mon analyse de cette finale aussi instructive d'un point de vue théorique que d'un point de vue pratique.



Pogonina reviendra au score dans la seconde partie et s'imposera en parties rapides. Après son élimination, la suédoise avouera avoir manqué d'énergie après quinze jours de compétition acharnée et n'avoir q'une hâte : celle de rentrer à la maison.

Pour ceux qui lisent la langue de Shakespeare et qui désirent mieux connaître la championne suédoise, je recommande la lecture d'un long entretien publié en 2013 sur le site du  Visma Chess Tournament.

La photographie de Pia Cramling qui illustre ce billet est de David Llada.

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