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Un accessit en terre de glace

samedi 5 décembre 2015

L'Islande est une terre de contrastes. Balayée par les vents polaires mais protégée des froids extrêmes par le Gulf Stream, pays des geysers, des aurores boréales et des immenses glaciers, ses paysages volcaniques et ses interminables nuits d'hiver semblent hostiles à toute vie humaine. Sans doute, est-ce la raison pour laquelle, les deux-tiers des rares habitants de cette île aux limites du cercle polaire, de l'Europe et de l'Amérique, se sont regroupés dans la capitale Reykjavik. Peut-être est-ce à cause de la rudesse du climat que les Islandais se distinguent surtout dans un sport de salle, le handball mais aussi aux échecs.

La capitale islandaise peut être considérée comme un haut lieu de la culture échiquéenne. N'a-t'elle pas accueilli en 1972 le plus célèbre de tous les championnats du monde, le fameux "match du siècle" opposant l'américain Bobby Fischer au soviétique Boris Spassky sur fond de guerre froide. L'Islande n'a-t'elle pas été terre d'asile politique du caractériel mais génial champion américain échappant aux poursuites de son pays. Il y acheva une vie énigmatique, vaincu par une insuffisance rénale qu'il refusa de soigner par conviction religieuse.

Fortement touchée par la crise financière de 2008, l'Islande aurait pu rester pour l'amateur d'échecs un lieu de pèlerinage sur la tombe de la légende des échecs mais la volonté d'organiser de grands évènements a prévalu. Reykjavik n'est-elle pas une des villes au monde ou le nombre de Grand-Maîtres est le plus élevé par rapport à sa modeste population ?

Malgré une dette abyssale, la vie échiquéenne a perduré comme en témoigne la vitalité de l'open de Reykjavik qui fêtera sa trente-et-unième édition en mars prochain. Mais en ce mois de novembre 2015, la fédération islandaise a vu plus grand en accueillant le championnat d'Europe par équipe.

Pays organisateur, l'Islande a pu engager deux équipes dans la compétition mixte. L'équipe première a rassemblé les joueurs phares du moment alors que la seconde, surnommée "Legend", était composée d'anciennes gloires des échecs islandais des années 80-90 : Helgi Olafsson, Johann Hjartarson, Jon Arnason et Mageir Petursson, associés à l'octogénaire Fridrik Olafsson, premier Grand-Maître du pays, ex-candidat au titre mondial et ancien président de la Fédération Internationale des Echecs. Cette équipe de joueurs vétérans, inactifs depuis des années, a terminé dans les profondeurs du classement mais quel plaisir de les revoir à l'oeuvre devant un échiquier.

Depuis quelques années, la France occupe une des premières places dans le concert des grandes nations lorsqu'on comptabilise le classement des meilleurs joueurs. L'émergence de la Chine et de l'Inde a fait reculer notre équipe à la sixième place mondiale mais au niveau européen, elle n'est devancée que par la Russie et l'Ukraine.

Composée de Maxime Vachier-Lagrave, Laurent Fressinet, Etienne Bacrot, Vlad Tkatchiev, Romain Edouard et coachée par Sébastien Mazé, l'équipe de France a joué les premiers rôles du début jusqu'à la fin de la compétition. Maxime (6/9), Etienne (5/8) et Vlad (4/6) ont porté haut les couleurs de l'équipe, alors que les résultats de Laurent (4/8) et de Romain (2/5) ont été en demi-teinte face à une forte opposition. Mais cette année, la montagne russe était infranchissable, autant dans la compétition mixte que dans le tournoi féminin. Retrouvant son lustre d'antan, la Russie a dominé le championnat malgré les absences de Vladimir Kramnik et de Sergey Karjakin. Conduite par l'expérimenté Peter Svidler, l'équipe de Russie est restée invaincue et n'a jamais quitté la tête de la compétition, infligeant à la France sa seule défaite sur le plus étroit des scores (2,5 à 1,5).

Notre équipe a du se contenter d'un accessit en partageant la seconde place avec l'Arménie (battue à la deuxième ronde) et la Hongrie (match nul à la troisième ronde). Seul un malheureux concours de circonstances lié aux résultats inattendus de certaines petites équipes lors de la dernière ronde a empêché les Français de monter sur le podium, mais ce problème récurrent du choix du système de départage est anecdotique.

Souhaitons que cette génération de joueurs talentueux apportera prochainement un grand titre à notre pays.

La photographie de Hrafn Jökulsson tirée du site officiel illustre le début de la septième ronde décisive qui opposa la France à la Russie.

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© Alain Moal 2012-2019Cliquez ici pour vous abonner à ce flux RSSDernière mise à jour : samedi 8 juin 2019