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Oser descendre dans l'arène

dimanche 31 janvier 2016

"Incroyable, Vishy Anand a été battu par Adrien Demuth."
"Par qui ?"
"Adrien Demuth, voyons ! Le 21ème joueur français."
"Ah oui, Adrien... Quelle performance !"
"Et ce n'est pas tout, Anand a aussi concédé deux nulles."
"Mais comment diable ont-ils pu se rencontrer ?"
"C'était à l'open de Gibraltar."
"Mais que fait un ancien champion du monde dans cet open ?"

Tel est le dialogue qu'auraient pu avoir deux amateurs d'échecs ce dimanche matin, au lendemain de la cinquième ronde de l'open de Gibraltar.

Les tournois d'échecs se divisent principalement en deux catégories : les tournois fermés et les opens. Les tournois à élimination directes ne concernent qu'un petit nombre de compétitions comme la coupe du monde organisée par la Fide. Les tournois fermés sont généralement réservés à une élite soigneusement sélectionnée par les organisateurs. Chaque joueur y rencontre tous ses adversaires. La grande majorité des tournois sont des opens, c'est à dire ouverts à tous les licenciés, qu'ils soient débutants ou champion du monde. Toutefois, pour éviter un trop grand écart de niveau, certains tournois sont saucissonnés par catégories Elo.

Les meilleurs mondiaux fréquentent rarement les opens. Il y a plusieurs raisons à cela. La principale est financière. Les tournois fermés sur invitation sont richement dotés, offrent des conditions de jeu plus que confortables et une meilleure visibilité médiatique. De leur coté, les opens proposent des primes d'engagement plus modestes et le champion se trouve noyé dans la masse des anonymes. Une autre raison à l'absence de l'élite dans les opens est la grande prise de risque associée à la confrontation avec des joueurs au classement modeste mais potentiellement dangereux sur une seule partie.

Gagner un open nécessite de réaliser un gros score en battant sans coup férir les joueurs supposés plus faibles et en neutralisant les favoris. Concéder une nulle ou pire une défaite contre un joueur classé plusieurs centaines de points en dessous de son propre classement, signifie reculer dans la hiérarchie mondiale et subir une traversée du désert qui se traduit par une  absence d'invitation dans les tournois fermés les plus prestigieux et aussi les plus lucratifs.

Les Grands Maîtres contraints d'écumer les opens pour assurer leur subsistance voient souvent leur classement elo fluctuer au grès de contre-performances épisodiques.

Depuis quelques années, des opens richement dotés se sont installés dans le paysage des tournois d'échecs. Les opens de Doha et de Gibraltar offrent désormais des conditions financières suffisantes pour attirer le gratin des échecs. Ainsi, plusieurs champions du monde sont descendus dans l'arène pour se frotter au commun des mortels. Mais, le passage des salons feutrés des tournois sur invitation au combat de rue des opens ne se fait pas impunément. Certains y ont laissé quelques plumes.

Lors de l'édition 2014 de l'open du Qatar, Vladimir Krammik a concédé deux parties nulles lors des deux premières rondes avant d'adapter son jeu et de partager la seconde place du classement final. Cette année, c'est le champion du monde en titre Magnus Carlsen qui, contre toute attente, a été accroché lors de la première ronde par la Maître International Nino Batsiashvili, avant de trouver son rythme et gagner le tournoi.

En ce début d'année, c'est à Gilbraltar que l'ancien champion du monde Vishy Anand paye son éloignement prolongé des opens. En concédant deux nulles lors des quatre premières rondes puis une cruelle défaite en prenant trop de risque lors de la cinquième, il montre que son style de jeu, si efficace pour affronter les meilleurs, n'est plus adapté pour assurer la victoire contre des joueurs d'un niveau plus modeste.

Sans préjuger de la fin du tournoi, gageons que la participation à cet open laissera un goût amer au champion indien. Souhaitons qu'il retrouve vite la confiance nécessaire pour jouer le rôle qui est le sien dans le prochain tournoi des candidats qui désignera le challenger du champion du monde en titre. Mais à cette occasion, il s'agira d'un tournoi fermé !

La photographie de John Saunders illustrant ce billet nous montre le début de la dramatique partie qui a opposée Vishy Anand à Adrien Demuth.

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© Alain Moal 2012-2019Cliquez ici pour vous abonner à ce flux RSSDernière mise à jour : dimanche 24 mars 2019