Cliquez pour agrandir l'image

Kasparov défie les meilleurs

dimanche 1 mai 2016, 17:43

Nous nous sommes tous demandé un jour ou l'autre quel serait le résultat d'une confrontation entre les champions du passé et les meilleurs joueurs actuels. Dans tous les sports, nous sommes tentés de comparer les mérites respectifs de ceux qui ont marqués leur époque. Nous savons qu'il est vain de tenter de répondre à la question : "qui est le meilleur de tous les temps ?" mais comment ne pas rêver à une confrontation entre Carlsen et Lasker, Capablanca ou Fischer. Peut-être que l'évolution du jeu est telle que les champions du passé n'auraient aucune chance face aux meilleurs joueurs d'aujourd'hui, mais qui sait ?

J'ai toujours pensé que Garry Kasparov avait mis un terme à sa carrière prématurément. L'absence d'une perspective de revanche qui lui aurait permis de contester le titre que lui avait ravi Vladimir Kramnik en 2000, ses ambitions politiques et sans doute une lassitude vis-à-vis des échecs l'ont conduit à arrêter la compétition en 2005 à l'âge de quarante-deux ans alors qu'il  était encore au sommet du classement mondial. La perte pour le monde des échecs ne fût pas aussi terrible que le retrait de Bobby Fischer au sommet de son art en 1972, mais Kasparov avait encore de grandes et belles parties à jouer. Fort heureusement, celui qui domina les échecs pendant plus de quinze ans ne s'est pas définitivement retiré dans un monastère et a participé activement à la promotion de notre sport par le biais d'exhibitions, d'actions politiques au sein des instances fédérales et en entraînant plusieurs des meilleurs joueurs actuels.

Néanmoins, ma surprise fût grande lorsque j'appris qu'il allait défier dans un tournoi de blitz les trois premiers du championnat des Etats-Unis qui se déroule désormais chaque année à Saint-Louis (Missouri). L'an passé, il avait largement dominé son ancien rival Nigel Short, mais bien qu'encore très actif, celui-ci ne fait plus partie de l'élite mondiale depuis longtemps. De plus, l'anglais globe-trotter avait sous-estimé la préparation de l'évènement en s'infligeant les affres d'un terrible décalage horaire.

Cette année, le championnat des Etats-Unis était le plus fort de son histoire avec la participation de trois des dix meilleurs mondiaux : Fabiano Caruana (23 ans, n°2), Hikaru Nakamura (28 ans, n°6) et Wesley So (22 ans, n°10). Sans surprise,  ils prirent les trois premières places. Le défi de celui qui se présente désormais comme un simple amateur s'annonçait périlleux, voire présomptueux.

Après onze longues années de retraite sportive, l'énergie déclinante du quinquagénaire allait-elle contenir la fougue de la jeunesse ? La légende ne serait-elle pas écornée en cas d'une humiliante défaite face à de jeunes joueurs parfaitement préparés ?

C'est avec beaucoup de curiosité que j'attendais cette confrontation entre une légende des échecs et la jeune génération. Les protagonistes allaient s'affronter sur deux jours, chacun rencontrant six fois ses trois adversaires. La cadence de jeu de cinq minutes avec deux secondes d'incréments promettait des parties de bonne qualité. Le tournoi allait être commenté avec passion par Yasser Seirawan, Jennifer Shahade et Maurice Ashley sur le site officiel du club de Saint-Louis. Du grand spectacle en perspective et je ne fus pas déçu.

Les pendules furent mises à l'heure dès la première ronde. En démolissant Wesley So, Kasparov montra qu'il n'était pas venu faire de la figuration. Il domina ses adversaires dans presque toutes les parties de la première journée mais fût trahi par sa lenteur de jeu qui l'empêcha de concrétiser plusieurs positions écrasantes. Sous la pression du temps, il offrit trois fois un Cavalier à des adversaires qui n'en demandaient pas tant. Mais quel spectacle que celui d'assister à nouveau aux mimiques inénarrables de l'ogre de Bakou lorsqu'il est surpris par un coup adverse.

A l'issue de la première journée, il ne capitalisa "que" 4,5 points sur 9 mais à seulement un demi point des leaders.

Lors de la seconde journée, sa confiance sembla ébranlée. Bien qu'il marqua plus de points que la veille (5 sur 9), il fût plus souvent du coté défensif de l'échiquier à l'image de sa fulgurante défaite contre Wesley So qui joua pour l'occasion de façon exceptionnelle. Mais le compétiteur ne baissa pas les bras et se battit jusqu'au bout, terminant le tournoi par deux victoires symboliques contre Nakamura et Caruana.

Le favori et grand spécialiste du blitz qu'est Nakamura gagna petitement ce tournoi avec 11 points sur 18 suivi de Wesley So, avec 10 points, talonné par Kasparov avec 9,5. Pour Caruana, brillant vainqueur du championnat des Etats-Unis en cadence classique, ce tournoi fût un calvaire puisqu'il ne marqua que 5,5 points, nous rappelant que le blitz est une discipline bien différente des échecs classiques.

Comme il le reconnaîtra lors de l'entretien final, Kasparov a laissé passé sa chance lors de la première journée pendant laquelle il surclassa ses adversaires sans pouvoir concrétiser toutes les opportunités. Si l'on considère séparément chaque mini-match, le tournoi de Kasparov fût plutôt flatteur : victoire 3,5-2,5 contre Nakamura, victoire 4-2 contre Caruana mais une défaite inattendue 2-4 contre Wesley So, principal bénéficiaire des gaffes de Kasparov lors de la première journée.

Non seulement la légende ne fût pas écornée mais la domination qu'il a démontré dans plusieurs parties nous a rappelé l'extraordinaire joueur qu'il a été et qu'il est certainement encore.

Comme l'atteste la photographie de Lennart Ootes (site officiel), l'ancien champion du monde a montré un enthousiasme de junior en défiant ses jeunes rivaux. Souhaitons qu'il se produise à nouveau face aux meilleurs pour le plus grand plaisir des amateurs.

Partager sur Facebook Partager sur Twitter
Retour

Accueil  |  Précédent  |  Suivant

Cliquez pour agrandir l'image

Abonnez-vous au flux RSS

Cliquez ici pour vous abonner à ce flux RSS

Partagez

Partager sur Facebook Partager sur Twitter

Billets publiés

2017
Le réveil de l'Afrique
Kasparov vaillant mais rouillé
Un Cavalier en prise
Jouer aux échecs pour maigrir ?
Les coups invisibles
Chucky mate Magnus

2016
La France rétrograde
Riazantsev roule en Renault
Deux garnements bafouent l'éthique
Que le meilleur gagne !
MVL tutoie les étoiles
Le sacrifice en h7 revisité
Kasparov défie les meilleurs
Un heureux dénouement
Candidats : première mi-temps
Oser descendre dans l'arène
Des Rois et des pions

2015
Un accessit en terre de glace
Entraîneur d'échecs diplômé ... à 8 ans !
Apprenons de nos parties blitz
Boris Gelfand écrit sur les échecs
Vaujany vs Morzine : second round
La palme de la défaite la plus idiote
Petit arrangement entre amis
La défaite la plus stupide de l'année
Pia Cramling, la perle venue du nord
Un sport de jeunes
Liquidation en finale de pions
Triste journée
Fatigue décisionnelle et épuisement de l'ego

2014
Nakamura blitze Aronian à Saint-Louis
Carlsen confirme son titre
Mon épopée au Cap d'Agde
Dame et Cavalier contre Dame et Fou
Des Olympiades septentrionales
Les échecs en Hongrie selon József Horvath
Concurrence alpestre
Lorsque le Fou domine le Cavalier
Un décor éblouissant
Tous derrière et lui devant !
Triomphe de Motylev, déroute de Elo
Tour et pion(s) contre Dame
Trop tôt disparus
Un beau sacrifice de qualité positionnel
Honneur aux vétérans !

2013
Un calendrier incompréhensible
Le nouveau Roi va-t'il imposer son style ?
Le jour où la France a failli être championne
Des Cavaliers et des pions sur la même aile
La force des maîtres du passé
Les échecs à la montagne
Cogitations estivales
Bases de parties : anges ou démons
Clichy champion, comme d'habitude !
Une finale embarrassante
Fatigué, approximatif mais décisif
Carlsen joue à qui perd gagne
Candidats : le premier sang est versé
Tournoi des candidats, une tradition renouvelée
Selon que vous serez puissant ou misérable
Défaillance technique à Wijk aan Zee
Magnus Carlsen prend de la hauteur
Créativité contre pragmatisme

2012
Une championne du monde inattendue
Eugenio Torre, l'ami de Bobby Fischer
Certaines cadences de jeu sont archaïques
Tour contre Tour et Cavalier
Un jeune organisateur de tournoi rapide
Coupe d'Europe : où sont les clubs français ?
L'étoile Topalov brille de nouveau
Gelfand dévoile sa préparation
Olympiades : une partie décisive
Une finale imperdable
Olympiades : les grands absents
Finale de Tours au championnat du monde
Russie : pas assez de spectacle ?
Echecs et télévision
Trop fort. Vous n'avez plus le droit de jouer !
Une brillante attaque
Bienne : Carlsen ou Wang Hao ?
Les grands principes sont bafoués
Un sauvetage improbable

Exercice tactique


© Alain Moal 2012-2017Cliquez ici pour vous abonner à ce flux RSSDernière mise à jour : samedi 4 novembre 2017