Le sacrifice en h7 revisité

samedi 28 mai 2016, 15:56

Le sacrifice de Fou en h7 contre le petit roque noir (respectivement en h2 lorsque les blancs en sont victimes) est un des thèmes tactiques parmi les plus classiques. Dans sa forme découverte par Giaocchino Greco au 17ème siècle, le Cavalier f3 bondit en g5 avec échec après la prise du Fou par le Roi en h7, ouvrant le chemin à la Dame blanche qui porte l'estocade en déboulant le plus souvent sur la case h5. Bien entendu, le camp attaquant doit s'assurer que le thème fonctionne, notamment que les noirs ne peuvent pas parer les menaces de mat en prenant le contrôle de la diagonale b1-h7. Cette séquence est connue depuis longtemps par tous les amateurs d'échecs qui jubilent lorsqu'ils ont l'occasion de la placer dans leur propre partie.

Pour illustrer ce thème récurrent dans les structures de défense française, je vous propose un exemple tiré d'une de mes parties jouée en cadence rapide. Je n'ai malheureusement pas eu l'opportunité de détruire le roque de mon adversaire car celui-ci prit une sage mesure prophylactique pour éviter le fameux sacrifice. L'analyse des conséquences d'un hypothétique petit roque noir est néanmoins instructive.



Ce sacrifice en h7 est si commun que le maître international par correspondance américain Jon Edwards lui a consacré un livre de plus de 400 pages intitulé : "Sacking the Citadel - The History, Theory and Practice of the Classic Bishop Sacrifice", paru en 2011 aux éditions Russell Enterprise.

Alors que ce monumental travail de collecte d'exemples semblait avoir fait le tour de la question, une partie jouée lors du récent championnat de Russie par équipe a revisité le vieux thème tactique.



Ian Nepomniachtchi attribuera après la partie l'idée du sacrifice à son compatriote Daniil Dubov qui eut l'élégance de partager ses analyses lors d'une séance d'entraînement commune. Il est probable que la préparation assistée par ordinateur a été déterminante dans la découverte du jeune russe.

Même si on peut regretter que le sacrifice n'ait pas été trouvé sur l'échiquier, il nous montre que les ressources de notre jeu sont loin d'être épuisées.

Sur la photographie qui illustre ce billet, le regard malicieux de Ian Nepomniachtchi semble se réjouir du tour qu'il va jouer à ses futurs adversaires.

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