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Jouer aux échecs pour maigrir ?

samedi 13 mai 2017, 09:46

Alors que j'écoutais d'une oreille distraite les commentaires d'un tournoi d'échecs sur la toile, la commentatrice, GMF russe dont j'ai oublié le nom (qu'elle me pardonne, ou plutôt qu'elle me remercie de ne pas la citer en cette funeste occasion) annonça qu'un joueur d'échecs pouvait dépenser jusqu'à 2000 Cal pendant une partie de compétition. Avec un grand C, il s'agit de la grande calorie, unité de diététicien bien connue de celles et ceux qui surveillent leur ligne. Les thermiciens s'expriment plutôt en kilocalorie même si l'unité du système international est le Joule. Rappelons que la calorie correspond à la quantité d'énergie nécessaire pour élever la température d'un gramme d'eau liquide de 1°C.

Je fis donc part de cette information capitale à mes collègues de travail réunis autour de la machine à café. La féminine engeance envisagea d'abandonner sur le champ leur régime hypocalorique à base de concombres, de renoncer à l'épuisant cours de Zumba et d'oublier le pénible jogging dominical pour s'investir corps et âmes dans le jeu d'échecs. Affiner une silhouette en prévision de la saison estivale nécessite quelques sacrifices. Que ne ferait-on pas pour plaire sur les plages !

Ces nouvelles recrues auraient immédiatement grossi (euh, pardon, je voulais dire "enrichi") les effectifs de la FFE si, soucieux de vérité scientifique, je ne les avais pas mises en garde contre une affirmation sans preuve tangible ni fondement clair. Une GMF russe d'échecs, aussi brillante soit-elle devant l'échiquier, est loin d'être une nutritionniste confirmée. Après tout, tellement de bêtises sont proférées sur bien des sujets ces temps-ci qu'il est inutile d'entretenir la confusion ambiante.

2000 kcal pendant une partie d'échecs, Waouh ! N'est-ce pas gigantesque ?

La dépense calorique quotidienne moyenne d'un homme sédentaire est estimée à 2100 kcal alors qu'elle n'est que de 1800 kcal  pour une femme. De plus, fervent pratiquant de course à pied, je sais qu'une heure de jogging à bonne allure dissipe de 700 à 800 kcal (pour un coureur de 70 kg). Il est aussi utile de rappeler que le cerveau consomme jusqu'à 30 % de la dépense énergétique totale d'un être humain au repos. C'est le cas de la majeure partie des gens, même si pour certains le moteur manque parfois de carburant. Si vous ne comprenez pas l'allusion, l'hypoglycémie vous guette, avalez immédiatement un morceau de sucre !

Lors d'une partie d'échecs à fort enjeu, le travail du cerveau est intense et le stress, par ses effets physiologiques (augmentation de la tension artérielle, de la fréquence cardiaque, ...) augmente significativement les dépenses énergétiques. Néanmoins, dépenser 2000 kcal au cours d'une partie, fut-ce une lutte intense de 5 heures, conduirait les joueurs à patauger dans une flaque de sueur. Comme sur les parquets de basket, nous pourrions imaginer des temps morts pendant lesquels des préposés viendraient éponger l'humidité sous les pieds des joueurs. Personne ne contesterait plus le statut de sport au jeu d'échecs !

Hélas, la réalité est toute autre. Selon le site Skeptics Stack Exchange, la dépense énergétique au cours d'une partie se limiterait à 130 kcal/h, ce qui représente tout de même 650 kcal au bout de 5 heures de jeu.

Nous pouvons en conclure que débuter les échecs dans l'espoir de se forger une silhouette de rêve à l'instar de l'ancienne championne du monde Alexandra Kosteniuk (photographie illustrant ce billet) provoquera de grandes désillusions. Mais il existe tellement d'autres bonnes raisons de s'adonner au plus noble des jeux.

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