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Petit arrangement entre amis

samedi 30 mai 2015, 10:47

En ce début mai, un tournoi qualificatif pour la première étape du "Grand Chess Tour" a été organisé en Norvège. Dénommé "EnterCard Chess Qualifier", ce tournoi a réuni le français Laurent Fressinet, les norvégiens Jon Ludvig Hammer, Simen Agdestein et Aryan Tari, le suédois Nils Grandelius et le danois Curt Hansen. Evènement remarquable, les parties étaient retransmises à une heure de grande écoute sur une chaîne de télévision norvégienne avec les commentaires du champion du monde Magnus Carlsen, relégué pour l'occasion au rôle de commentateur sportif.

La première phase de la compétition s'est jouée en cadence classique. Elle a été dominée par les deux favoris Fressinet et Hammer gagnant trois parties et ne concédant que deux parties nulles à leurs adversaires.

La seconde phase consistait en un tournoi de parties rapides à la cadence de 20 minutes KO. A l'heure des pendules électroniques, ce type de cadence sans incrément de temps est totalement ridicule. J'avais développé mon argumentation dans un précédent billet intitulé "Certaines cadences de jeu sont archaïques". Mais là n'est pas l'essentiel de mon propos.

Le tournoi de parties à cadence classique n'ayant pu départager Hammer et Fressinet, la place qualificative pour le "Norway Chess Masters", première étape du "Grand Chess Tour", allait se décrocher en parties rapides. Dans la confrontation entre les deux favoris, le Français laissa échapper une position gagnante et se fit mater. A l'entame de la dernière ronde, le Norvégien possédait un point d'avance sur le Français mais devait affronter le jeune espoir norvégien Ayran Tari (15 ans) qui occupait alors la seconde place avec seulement un demi point de retard. Une victoire contre son compatriote lui permettait d'accrocher une belle victoire à son palmarès en gagnant le tournoi rapide. Mais, alors que le combat s'annonçait indécis et palpitant, les deux compères se serrèrent la main dès le 4ème coup : partie nulle ! Contre toute attente, l'outsider a choisi de ne pas contester la victoire de son aînée. Pour Hammer, le partage du point était espéré car synonyme de qualification, mais l'attitude complice de Ayran Tari est incompréhensible. Est-il possible de manquer autant d'ambition à un aussi jeune âge ? Ne peut-on pas suspecter un accord (au moins tacite) entre compatriotes pour assurer la participation de Hammer à l'étape norvégienne du prestigieux "Grand Chess Tour" ?

Inutile de préciser que cette nulle peu respectueuse de l'esprit du sport a quelque peu irrité le champion du monde, commentateur occasionnel, qui s'est écrié "this is just nonsense !" que l'on pourrait traduire en français par le familier "c'est n'importe quoi !".

Espérons que la qualification de John Ludvig Hammer ne soit pas un cadeau empoisonné car lors de sa participation à la première édition du "Norway Chess Masters" en 2013, il n'a pu décoller de la dernière place, n'inscrivant que 1,5 points sur 9 possibles. Depuis, le secondant de Carlsen a profité de son travail avec le champion du monde et semble avoir franchi un cap. Souhaitons-lui d'honorer cette qualification qui, sans être imméritée, est entachée de ce que l'on peut qualifier d'un "petit arrangement entre amis".

Il y a quelques années, j'avais refusé une proposition de nulle du Grand-Maître néerlandais John Van der Wiel lors de la dernière ronde d'un tournoi rapide alors qu'il occupait la première place avec un point d'avance sur ses poursuivants. Ma position m'avait semblé prometteuse, j'avais décliné l'offre et obtenu une position gagnante avant de gaffer en manque de temps. Bien que déçu par la perte de cette partie décisive, je n'ai pas regretté ce choix qui était conforme, non seulement à la position sur l'échiquier, mais aussi à la nécessité de gagner pour rejoindre mon prestigieux adversaire. Ne dit-on pas : "qui ne tente rien n'a rien" ?

La photographie, tirée du site du tournoi, montre Laurent Fressinet se préparant à affronter Ayran Tari.

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